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Editos du Secrétaire Général

Editorial n° 31 (I.S.) du Secrétaire Général

Revenir au social pour sortir de la crise !



Lors de la sortie de la crise économique, bancaire, financière et boursière, la France sera en plus mauvais état qu'elle ne l'était avant d'y entrer. Raison de plus pour ne pas ajouter une autre crise.

En rejetant la relance par la consommation, le président de la République a délibérément mis les salariés dans une situation très difficile. Pourtant les organismes sociaux qu'il avait tant décriés permettent d'atténuer une partie des effets de cette crise. Leur rôle d'amortisseur est évident.

La politique choisie par le gouvernement consiste à supprimer des milliers de postes de fonctionnaires et à privatiser les Services Publics comme seule solution pour réduire les déficits publics que le gouvernement a lui-même creusés en réduisant le budget de l'Etat, en faisant disparaître la taxe professionnelle, en mettant en place un "bouclier fiscal ".
Nos salaires restent bloqués alors que le coût de la vie augmente, le chômage monte, la précarité et la pauvreté s'étendent, ce qui non seulement réduit fortement l'activité économique, mais aussi mine en profondeur notre équilibre social.
Une grave crise sociale ruinant les perspectives d'avenir et de reprise d'activité pour le pays est à redouter même après la sortie internationale de la crise actuelle.

La crise amène des changements de comportements individuels et collectifs. Plusieurs solutions s'offrent à nos gouvernants actuels ou futurs.

- Se résigner à l'abandon ? Laisser le système régresser, la situation se dégrader et abandonner la lutte pensant que la crise est une fatalité devant laquelle il est vain de lutter. Il faudrait encore plus de " libéralisme " !
- S'adapter aux changements ? D'aucuns programmeraient la décroissance ! Ou bien pour s'adapter aux nouvelles situations se replieraient vers les idéologies en tout genre, passéistes voire à des dérives sectaires. Des Sauveurs en tous genres apparaîtraient avec des solutions populistes, démagogiques, débouchant sur des replis claniques ou des régimes autoritaires, qui commencent par rassurer mais pour conserver un confort limité et précaire. Cela ne peut que désigner à terme des ennemis !

Aucune de ces solutions n'est la bonne. Dresser les citoyens les uns contre les autres détruit la cohésion sociale, ne profite qu'aux extrêmes et nous mènerait à la catastrophe.
Il faut regarder vers une autre voie.
Il faut innover. Seule l'innovation sociale peut permettre de sortir de la crise sans en faire naître une autre. Mais il faut en créer les conditions. Organiser de vrais débats, avec le peuple et notamment les représentants des salariés, qui nous permettent de renforcer le " vivre ensemble ". Il faut développer les solidarités sans lesquelles l'autre deviendrait l'adversaire plutôt que d'organiser la compétition entre les individus. Il s'agit ainsi d'éviter la remise en place d'un même système qui ne conduirait qu'à une autre crise et ouvrirait la rupture du pacte social et de la paix civile.
Développer les solidarités, le dialogue social, revaloriser et développer les Services Publics, remettre de la laïcité dans la vie publique, réaffirmer les valeurs républicaines et démocratiques, organiser le débat public permettant à chacun de s'impliquer dans un processus démocratique doit donner du sens à une sortie de crise souhaitée par tous.
L'argent ne doit pas servir uniquement à fabriquer de l'argent. Cet argent devenu " obèse ", est aussi devenu un culte. Il a coupé l'économie du monde réel. Il est temps de retrouver le véritable rôle de notre économie : elle est au service de l'homme et non de l'argent.

Ces évidences s'imposent à nos dirigeants, mais veulent-ils les voir ?
Notre avenir environnemental et économique passe notamment par une valorisation budgétaire en matière de Recherche, d'Innovation et surtout d'Education. Or les Services Publics sont malmenés. Pour la Fédération eiL, qui les défend ce n'est pas en supprimant des milliers de postes de fonctionnaires que l'on prépare l'avenir. Ce n'est pas en figeant le pouvoir d'achat des fonctionnaires actifs et retraités que l'on dynamise les Services Publics. Ce n'est pas non plus en privatisant tous les jours un peu plus les Services Publics que l'on va recréer les conditions de l'investissement pour l'avenir de notre pays !
Les salaires doivent être significativement revalorisés et la précarisation croissante des personnels doit faire place à des recrutements en grand nombre de personnels titulaires. Une augmentation des places aux concours, suivie d'une formation digne de ce nom est une absolue nécessité. Il faut enfin des perspectives de carrière qui doivent attirer les jeunes vers nos métiers.
Ces perspectives sont revendiquées par la fédération eiL et ses syndicats. C'est la mise en œuvre du syndicalisme revendicatif et responsable dont nous nous réclamons.

A défaut de prendre en compte ces éléments, le réveil de l'après crise risque d'être douloureux. Il est inutile d'ajouter une crise sociale aux crises que nous venons de connaître. Personne ne se réjouirait d'une telle issue sauf certaines officines peu soucieuses de démocratie et des valeurs républicaines, organisations qui se nourrissent traditionnellement des difficultés sociales du pays.

Le rôle de l'Etat ne s'arrête pas aux arbitrages économiques mais il doit être l'Acteur de la Régulation économique. Il ne doit pas manquer à ses obligations et doit exercer pleinement ses prérogatives d'acteur dans la conduite des politiques publiques. Il assure l'égalité des chances sur l'ensemble du territoire national. Il écoute les salariés et ses agents publics notamment en relançant le dialogue social, plutôt qu'en modifiant les critères de représentativité pour choisir des partenaires sociaux à sa convenance.

Prétendre que l'économie seule serait source du progrès social serait oublier que le progrès social et la paix sociale permettent le progrès économique. C'est donc ce mouvement réciproque, cette auto induction, fondé sur l'amélioration des conditions de vie de l'Homme qui permet de faire tourner la machine économique et sociale, et maintenant c'est de la relance sociale dont nous avons besoin. Ni démission, ni illusion. L'innovation publique, ce serait de remettre le social au centre des priorités nationales pour que la dynamique socio-économique soit enfin au service de l'Homme et du Pays.

Paris, mis en ligne le 10 avril 2010 - Christian Lage, Secrétaire Général
Secrétaire général de la Fédération E.I.L