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La rémunération au mérite: un tour européen

 

 

La rémunération au mérite: un tour européen…

 

Au cours des quinze dernières années, un certain nombre de pays européens ont mis en place pour leurs agents publics une rémunération variant en fonction de leur performance individuelle. Certains l’ont fait pour l’ensemble des agents publics, c’est le cas de pays tels que le Danemark, la Finlande, l’Allemagne ou le Royaume Uni. D’autres pays se sont contentés de l’appliquer uniquement à leur encadrement supérieur, tels que l’Irlande, ou l’Italie. Le principal argument avancé en faveur de l’adoption, dans la fonction publique, de la rémunération à la performance est que celle-ci agirait comme facteur de motivation, fournissant une récompense extrinsèque, sous la forme d’une rémunération, et une récompense intrinsèque par le biais de la reconnaissance de l’effort et de la réalisation. Avec du recul, il est maintenant clair que l’on a surestimé les effets potentiels de la rémunération à la performance. Notamment, les effets directs sur la motivation individuelle sont limités, si on les compare aux effets induits par les possibilités de promotion ou les opportunités de carrière. Prenons ainsi deux exemples à l’échelle européenne :

 

- En 1988, le Royaume-Uni a été un des premiers pays à mettre en œuvre la prime à la performance individualisée. Le système de primes à la performance fait aujourd’hui l’objet de critiques où nombreux sont ceux qui pensent qu’elle est un frein à la solidarité collective.

- La rémunération liée à la performance a été également introduite en 1997 dans la fonction publique allemande. On a pu finalement constater un faible enthousiasme dans la transposition de la loi cadre de 1997 au niveau régional : en 2001, 10 Länder sur 16 seulement avaient décliné en directives locales l’introduction d’éléments d’intéressement dans la rémunération. La réforme constitutionnelle de 2006, qui a donné aux Länder une totale autonomie en matière de rémunérations, carrières et pensions des fonctionnaires, permet de douter d’une généralisation rapide de la prime au mérite. Les réticences à sa mise en œuvre sont principalement de deux ordres : la question technique de l’évaluation et la crainte d’un effet délétère sur l’ambiance dans les équipes de travail.

 

Et en France? Les « primes de fonctions et de résultats » (PFR)

 

             Annoncé en juillet 2008, ce dispositif interministériel unifié se substituera aux multiples régimes indemnitaires existants. Il est constitué d’une part fonctionnelle, tenant compte des responsabilités, du niveau d’expertise et des sujétions liées aux fonctions ainsi que d’une part individuelle modulée en fonction de l’atteinte par l’agent des objectifs qui lui ont été fixés. Ce nouveau dispositif s’appliquera en 2009 aux attachés d’administration de la plupart des ministères et a vocation à s’étendre d’ici 2012 à toute la filière « administration générale ». La part fonctionnelle sera modulable de 1 à 6 et reposera sur une typologie des postes en 4 à 6 catégories par grade. La part individuelle sera modulable de 0 à 6 et sera révisable d’une année sur l’autre. De plus, en janvier 2009, le Premier ministre a chargé le député Michel Diefenbacher d’une mission sur les mécanismes d’intéressement collectif dans la fonction publique. Il s’agit de « développer une rémunération au mérite collective, c’est-à-dire un mécanisme d’intéressement qui vienne récompenser l’effort accompli collectivement par un service, une équipe ou une administration, selon des périmètres et des critères à définir ». Le député est appelé à consulter les employeurs et les organisations syndicales et formuler des recommandations d’ici juin 2009.

 

                  La fédération E.i.L et ses syndicats, attachés à la fonction publique d’Etat et aux principes républicains qui la régissent,  s’opposent à toute modification des rémunérations à partir de critères de mérite, de performance, de technicité, d’individualisation qui aboutirait dans l’immédiat à la destruction du statut général des fonctionnaires, et à terme à la privatisation d’une grande partie de la fonction publique.

                  E.i.L revendique donc une augmentation des salaires de la Fonction Publique et un véritable plan de revalorisation de la grille indiciaire des fonctionnaires et refonte de celle-ci, intégrant la hors classe dans les corps où elle existe.

 

Mis en ligne mai 2009